En bref
Le maquillage coréen cherche un teint qui a l’air nu : une base hydratante, un fond de teint léger comme la BB crème ou le cushion posé en couches fines, des sourcils droits, un blush placé haut sur la pommette et des lèvres colorées du centre vers le bord. Le rendu tient à l’épaisseur et au placement, pas au pays d’origine du produit.
Les quatre codes du look, puis les étapes dans l’ordre, ce qu’il y a vraiment dans une BB crème, un cushion ou un tint, et deux points que les tutoriels passent sous silence : l’indice solaire du teint et l’hygiène de la houppette.
Les quatre codes du look coréen
Le look qu’on voit dans les K-dramas et chez les idoles de la K-pop tient en quatre traits. Le teint lumineux d’abord : il doit paraître hydraté et renvoyer la lumière, sans masquer tout à fait la texture de la peau. Les vidéos parlent de « peau de verre ».
Les sourcils ensuite, droits et remplis poil à poil, sans arche marquée. Le blush se pose haut sur les joues, parfois jusque sous l’œil, dans un rose ou un corail discret ; le water blush, un blush liquide très dilué, en est la variante à la mode en 2026. Les lèvres, enfin, sont plus colorées au centre qu’au bord, comme si la couleur venait de l’intérieur.
Certains looks ajoutent l’aegyo-sal, la petite poche sous l’œil que l’on souligne d’un reflet clair et d’une ombre très fine. Une option, pas un passage obligé.
Les étapes du maquillage coréen, dans l’ordre
Chaque tutoriel en montre une partie. Réunies, elles tiennent en neuf gestes, et la règle qui les relie est toujours la même : du plus fluide au plus épais, et le moins de matière possible à chaque couche.
- Hydrater : une crème ou un fluide hydratant, laissé pénétrer quelques minutes. Cette hydratation fait l’essentiel de l’effet lumineux ; le soin de la peau reste la première étape du maquillage.
- Protéger : la crème solaire du matin, avant le teint et jamais remplacée par lui.
- Unifier en couches fines : BB crème, CC crème ou cushion, tapoté plutôt qu’étiré, en partant du centre du visage.
- Corriger localement : un anticernes seulement là où il faut, autour du nez, sur une rougeur, sous l’œil.
- Poudrer peu : une poudre libre sur la zone T si la peau brille, jamais sur les pommettes, qui doivent garder leur éclat.
- Dessiner les sourcils : une ligne droite, remplie par petits traits dans le sens du poil.
- Ouvrir les yeux : un fard à paupières neutre, un trait d’eye-liner fin qui prolonge l’œil sans le relever, l’aegyo-sal si vous le voulez.
- Placer le blush : haut sur la pommette, fondu vers la tempe, en crème ou en liquide pour qu’il se mêle au teint.
- Colorer les lèvres : du centre vers le bord, en estompant.
BB crème, CC crème, cushion : ce qu’il y a dans le boîtier
Une émulsion pigmentée, qui se lit dans sa liste
Une BB crème reste une émulsion, de l’eau et des corps gras liés ensemble, dans laquelle on a dispersé des pigments. Les mêmes reviennent d’une marque à l’autre : le dioxyde de titane, noté CI 77891, blanc et qui filtre aussi une partie des UV, et les oxydes de fer CI 77491, 77492 et 77499, rouge, jaune et noir, dont le mélange fait la teinte.
Les ingrédients sont classés par quantité décroissante jusqu’à 1 % ; en dessous, ils peuvent suivre dans n’importe quel ordre, et les colorants ferment la liste INCI par leur numéro CI. Quant au mot parfum, il peut regrouper à lui seul toute une composition aromatique.
Une liste type, construite ici pour l’exemple, s’ouvre sur l’eau, un silicone, des filtres UV, la glycérine, puis s’achève sur les pigments.
La CC crème corrige une couleur, rougeurs ou teint terne, avec des pigments un peu plus couvrants. Le cushion, lui, n’est pas une formule à part : c’est un fond de teint fluide dont on a imbibé une éponge, dans un boîtier qu’on referme comme un poudrier.
| Format | Texture | Couvrance | Contenant | Point d’attention |
|---|---|---|---|---|
| BB crème | crème fluide, proche d’un soin | légère | tube | l’indice solaire affiché suppose une couche épaisse |
| CC crème | crème un peu plus dense | légère à moyenne | tube | la teinte correctrice se choisit selon le défaut à atténuer |
| Cushion | fond de teint liquide dans une éponge | légère à moyenne, par couches | boîtier avec houppette | la houppette, humide et enfermée, se lave |
| Fond de teint fluide | liquide | moyenne à forte | flacon | à diluer ou à tapoter pour retrouver le rendu coréen |
Retournez votre tube : où tombe le cyclopentasiloxane, s’il y en a ? Placé en deuxième ou troisième position, ce silicone volatil fait la glisse et le toucher sec du produit, puis s’évapore de la peau.
Les silicones cycliques D4, D5 et D6, dont le cyclopentasiloxane et le cyclohexasiloxane, seront limités à moins de 0,1 % dans les cosmétiques sans rinçage vendus dans l’Union européenne à partir du 6 juin 2027, fonds de teint compris. La raison est environnementale : ces substances persistent et s’accumulent dans l’eau et dans l’air.
L’indice solaire du teint, sur le papier et sur la peau
Beaucoup de BB crèmes et de cushions affichent un SPF. Cet indice se mesure en laboratoire avec une quantité de produit fixée, bien supérieure à ce qu’on étale au quotidien. Pour les crèmes solaires elles-mêmes, l’Afssaps relevait déjà qu’on en applique en pratique 3 à 4 fois moins que la dose du test.
Un teint coréen, par définition, se veut fin : la couche posée a toutes les chances d’être plus mince encore. L’indice imprimé sur le tube ne décrit donc pas la protection que vous portez vraiment.
Un fond de teint avec SPF ne remplace pas une crème solaire. Il s’ajoute par-dessus, et la protection se renouvelle en cas d’exposition prolongée, ce que le maquillage ne permet pas.
La houppette du cushion, une éponge comme les autres
L’outil qu’on oublie, pourtant. Des chercheurs de l’université d’Aston ont analysé 467 produits de maquillage usagés : les éponges étaient de loin les plus chargées en bactéries, avec plus d’un million d’unités par millilitre en moyenne. 93 % d’entre elles n’avaient jamais été nettoyées, et 64 % avaient été ramassées au sol puis réutilisées.
Une houppette de cushion vit dans les mêmes conditions, humide et enfermée dans un boîtier. On la nettoie à l’eau savonneuse, on la laisse sécher à l’air avant de la ranger, on la remplace quand elle se déchire, et on ne la prête pas.
Des lèvres dégradées, au tint ou au rouge
Le dégradé fait l’inverse de ce qu’on cherche quand on veut dessiner l’arc de Cupidon : il efface le contour au lieu de le préciser. On dépose la couleur au centre des deux lèvres, on les presse l’une contre l’autre, puis on estompe vers le bord du bout du doigt.
Le tint, format phare du style, est une encre liquide ou un gel qui colore la surface des lèvres plutôt que de la recouvrir comme un rouge à lèvres. Il tient longtemps, il ne se corrige pas facilement une fois sec, et sur des lèvres sèches il souligne chaque ridule : un baume posé quelques minutes avant évite l’effet craquelé.
Adapter le look à votre peau
Le style coréen est une technique de placement, pas une gamme de produits K-beauty. Il se règle selon votre type de peau, et surtout selon ce qu’elle fait au fil de la journée :
- Peau grasse : une base hydratante légère, un teint très fin, la poudre sur la zone T seulement, et le fini lumineux réservé au haut des pommettes.
- Peau sèche : un hydratant plus riche laissé pénétrer, pas de poudre, un blush en crème qui ne marque pas les zones sèches.
- Peau mixte : les deux à la fois, des textures fluides sur tout le visage et une touche de poudre là où la peau brille à midi.
La teinte du fond de teint se choisit sur la mâchoire, à la lumière du jour, pas sur le dos de la main. Un fini lumineux se pose sur toutes les carnations ; c’est la teinte, pas le style, qui doit suivre la vôtre.
Reproduire le look avec ce que vous avez déjà
Trois gestes font l’essentiel de l’effet, sans rien racheter : un hydratant laissé pénétrer avant tout le reste, votre fond de teint habituel tapoté en couche fine, votre blush remonté sur la pommette. Ajoutez des lèvres estompées au doigt, et le look est là.
Un cushion ou une BB crème ne feront pas une peau de verre. Ils l’imitent, le temps d’une journée, et c’est déjà beaucoup.
Sources
- Bashir A., Lambert P., « Microbiological study of used cosmetic products: highlighting possible impact on consumer health », Journal of Applied Microbiology, vol. 128, 2020
- Règlement (UE) 2024/1328 de la Commission du 16 mai 2024, restriction des siloxanes D4, D5 et D6
- Afssaps, « Produits cosmétiques de protection solaire », rapport de janvier 2006
- Règlement (CE) n° 1223/2009 du Parlement européen et du Conseil relatif aux produits cosmétiques, article 19